Un film ayant sa place parmi les grands

En effet là où La Traversée du Temps cible plutôt les adolescents et là ou Summer Wars est ancré dans notre époque, Les Enfants Loups est une fable universelle qui a de quoi plaire aux spectateurs de 7 à 77 ans et dont le propos est intemporel: Les thématiques sont de aspects de la vie auquel on fera tous face peu importe l'époque ou l'on vit, que ce soit l'éducation, la tolérance des autres, l'enfance, la maturité, les choix dans nos vies, notre société et ses normes, le sens de notre vie... Vous l'aurez compris Les Enfants Loups est un film ayant énormément de choses à dire. En fait chacun des thèmes que j'ai cité suffisent à faire un film.

Les Enfants Loups mêle tous ces thèmes de manière tout à fait naturelle, sans jamais qu'on ait l'impression qu'un seul de ces thèmes soit en trop, qu'ils soient tous pertinents avec la trame du film... Il arrive a traiter tous ces thèmes avec suffisamment de profondeur pour qu'on en retienne quelque chose. Chacun de ses thèmes est suffisamment développé pour être dissocié des autres et se suffire en tant qu'œuvre: Autrement dit chacun de ces thèmes ont autant de profondeur dans Les Enfants Loups que lorsqu'ils sont abordés seuls dans une œuvre. La vie de campagne décrite dans Les Enfants Loups n'a rien a envier à Souvenirs Compte à Goutte, la vision de la différence du film est tout aussi pertinente que Princesse Mononoke, les rapports parentaux du film sont tout aussi sensibles que ceux d'Un Drôle de père... Et je m'arrêterais là parce que la liste est longue.

Il ne réinvente pas le feu, ne sublime pas ces thèmes d'une vision nouvelle, mais il les a parfaitement assimilés et les traite de manière juste et il crée une histoire qui pourra s'apprécier à tous les niveaux d'age car ils auront tous les thématiques auquel ils pourront s'identifier. En voyant le film, on se rend donc compte que ça y est, Mamoru Hosoda est prêt à raconter des histoires qui pourront toucher le monde entier, il a clairement acquis avec ce film l'envergure d'un réalisateur comme Hayao Miyazaki. Sans pour autant l'imiter où le remplacer Mamoru Hosoda a acquis avec ce film la maturité d'un grand réalisateur.

dedi

J'ai eu la chance de pouvoir rencontrer Mamoru Hosoda avant la séance pour la dédicace que vous voyez là. Je lui dis que son travail que je préfère est La Traversée du Temps et que j'espèrais que Les Enfants Loups serait du même niveau. Il m'a répondu qu'il n'a aucun doute sur le fait qu'il soit meilleur. J'étais pas très convaincu et me disais que c'était une phrase toute faite mais une fois sorti du film j'ai pu m'empêcher de penser qu'il le pensais vraiment et qu'il est conscient d'avoir surpassé ses erreurs passées.

Les imperfections de Summer Wars corrigés

Ce qu'il fallait pour être un réalisateur de première ordre, il l'avait compris depuis un moment, mais pouvoir l'appliquer était une autre affaire. Il disait lui même en 2010:

« A l’époque où je travaillais chez Toei, j’avais cette sorte de posture un peu adolescente : je souhaitais réaliser des choses très sophistiquées, extrêmement sombres et classieuses. Je me disais que j’allais faire des œuvres tourmentées pour pouvoir faire passer un message, mais en fait, en travaillant sur Le Château ambulant, je me suis aperçu que c’était beaucoup plus gratifiant de faire passer un message en allant vers la rondeur et la simplicité.  »

Quand on voit Summer Wars, le premier film qu'il a écrit, on ressent cette simplicité dans le traitement de la famille mais d'un autre coté Hosoda restait attaché à son envie de sophistication avec l'univers d'OZ. Tout comme Les Enfants Loups, Summer Wars voulait raconter beaucoup de choses sauf que tous les thèmes de Summer Wars n'était pas forcément en harmonie, on sentait qu'il se forçait à mettre tous ces thèmes dans le même film et de ce fait on ressortait avec un traitement assez inégal de ces thèmes. Si certains étaient très réussis d'autres étaient à peine effleurés. On retenait l'envie d'impressionner, avec un nombre très élevé de personnages, de grands enjeux ( un peu forcés d'ailleurs ), du grand spectacle.

Les Enfants Loups contraste clairement avec cet aspect. Le cadre est beaucoup plus intimiste et le scénario bien plus modeste. Des personnages qui peuvent se compter sur les doigts de la main menant une vie relativement simple, on est loin des excès de Summer Wars. En fait quand on voit la simplicité du concept, on peut facilement penser que Les Enfants Loups va être un film anecdotique, surement sympathique mais qui n'aura pas l'impact d'un véritable hit. C'est ce que je pensais moi-même avant de voir le film., en voyant ce trailer:


Le nouveau film de Mamoru Hosoda en... par KZPLAY

Pourtant, c'est dans cette simplicité qu'il faut chercher la maturité de Hosoda. C'est un film où Hosoda nous livre sa vision de la vie en prenant le temps qu'il faut et en ne délaissant aucun de ses aspects, la ou ses efforts étaient un peu trop concentrés sur la forme dans Summer Wars. Si la forme est simple elle n'en reste pas moins impressionnante, en fait la simplicité joue même sur l'impact de la structure du film. L'évolution de Ame, Yuki et Hana est simple mais tellement logique est pertinente qu'on est impressionné au final par les chemins que les personnages prennent. En ressortant du film on ressent que le film avait une histoire à raconter et la raconte de manière directe sans dévier de son chemin, que la multitude de thèmes abordés ont tous un rôle à jouer dans cette évolution, et forme un tout abouti. Ce tout, c'est une fable sur la vie entière, un sujet grand, une épopée épique sur 13 ans d'une famille qui grandit, qu'il aborde avec la richesse nécessaire avec justement la multitude de thème qu'il aborde. Ces 13 ans ne sont pas superficiels, le film est assez dense pour nous ayons vraiment l'impression d'avoir vécu 13 ans de vie, alors que le film ne dure que 2h.

La patte d'Hosoda, plus présente que jamais

L'œuvre d'Hosoda n'a pas la même magie des films de Ghibli qui nous font voyager avec leurs univers, mais il a sa propre magie, celle de nous faire voyager avec ses personnages. Ils sont tous attachants, touchants et traité avec une grande sensibilité ainsi qu'avec le piquant du réalisateur qui à vraiment le talent de faire rire en capturant les petits détails drôles de la vie. Il a le talent pour montrer à quel point les gestes de tous les jours peuvent être extraordinaires et n'a pas besoin de les lancer dans de grandes aventures pour ça. Des moments simples apparaissent ainsi incroyablement touchants et d'une sensibilité rare. La seule touche de surnaturel dans ce film qui sont les hommes loups n'est là que pour placer une métaphore sur la différence qui ne prend aucun parti car, jusqu'à preuve du contraire, aucun spectateur n'est un homme-loup.

La plus belle démonstration de ce talent à capter l'essentiel de la vie reste l'introduction, résumant des années de vie en couple par quelques simples gestes, quelques expressions qui suffisent a comprendre ce qu'ils ont vécu. Hosoda sait trier son contenu pour n'en garder le plus pertinent. Le minimalisme de ces scènes, qui sont courtes et muettes, montre à quel point Hosoda maitrise son propos: il a épurer tout détail superflu et ne garder que ce qu'il a a dire et rien d'autre. C'est avec cette écriture synthétique qu'est mené tout le film et c'est grâce à ça qu'il peut se permettre de raconter un maximum de choses dans ce film. Aucune seconde n'est en trop dans ce film de 2h, il n'a omis aucun détails important.

Un article ne suffirait donc pas à décrire la richesse de ce film et le mieux reste quand même de le voir et tirer du film les leçons qui vous concernent car ce film ne laisse pas indifférent. C'est pour cela que je ne me suis pas lancé dans une analyse profonde des thèmes de ce film dont je vous laisse le loisir de les découvrir. Néanmoins j'espère vous avoir convaincu d'aller voir ce film qui mérite d'être vu par un maximum de monde car on peut tous s'y retrouver d'une manière ou d'une autre car c'est un véritable manège émotionnel et un film incroyablement humain. Il a tout pour film culte, parce qu'il ne fait aucun doute que derrière ses airs intimistes, ce film a la plus grande des ambitions: plaire à tout le monde. Tout ce qu'il a besoin c'est que vous alliez le voir.

A voir aussi:

Le question/réponses effectué avec Mamoru Hosoda après la projection à l'Avant Première mondiale à Paris. Je conseille de le voir après le film.